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À la poursuite de l’Homo toxicus! - Par : Substance,

À la poursuite de l’Homo toxicus!


Achetée sur Gettyimages. Droits d’auteur.

Marc Fraser, écotoxicologue et professeur enseignant en chimie à l’ÉTS, se spécialise dans l’étude des contaminants environnementaux et de leur impact sur la santé humaine et sur la santé animale. Et c’est grâce aux moules bleues que le chercheur a pu analyser l’effet des métaux lourds sur le développement humain.

De chimiste à toxicologue

Natif du Nouveau-Brunswick, Marc Fraser s’intéresse à l’environnement depuis son tout jeune âge, plus précisément à la contamination environnementale. Et rien de mieux que la chimie pour étudier la transformation de la matière. Détenteur d’un baccalauréat et d’une maîtrise en chimie de l’Université de Moncton, Marc concentre ses travaux sur la présence de métaux lourds dans la Baie des Chaleurs. Le chercheur est préoccupé par le fait que les habitants de la région se nourrissent de moules et de homards provenant de la Baie. Quel impact ces contaminants ont-ils sur leur santé?

C’est dans le cadre de son doctorat en biologie que Marc bifurque vers la toxicologie. Il veut comprendre l’effet des métaux lourds dans le corps humain. Il obtient une bourse pour joindre l’équipe de recherche dirigée par la professeure Cathy Vaillancourt à l’Institut national de la recherche scientifique Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de Laval. L’objectif consiste à démontrer l’implication des facteurs environnementaux sur le développement du placenta, notamment sur le système de la sérotonine.

De la moule bleue au placenta humain

Marc Fraser, professeur enseignant à l’ÉTS

Marc Fraser, professeur enseignant à l’ÉTS

« La moule bleue et l’être humain partagent une certaine similitude dans leur manière d’intégrer la sérotonine », explique le toxicologue. Chez les mollusques, la sérotonine régule la ponte et la différenciation sexuelle. Chez l’humain, ce neurotransmetteur agit comme un facteur essentiel de développement cardiaque et cérébral.  Or, dans le premier trimestre, le fœtus est incapable de produire sa propre sérotonine. C’est donc la mère qui lui fournit ce médiateur chimique par le placenta. Les études démontrent que les métaux, notamment le plomb, bloquent le transporteur de la sérotonine, appelé SERT. « Cette déficience peut nuire à la croissance du bébé et engendrer des problèmes tels que le TDAH », précise Marc Fraser.

En 2016, M. Fraser obtient son doctorat en biologie avec une spécialisation en toxicologie et en pharmacochimie l’Institut national de la recherche scientifique Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie. Il poursuit ses recherches durant son stage post-doctoral au sein de la communauté autochtone Grassy Narrows au nord de l’Ontario. Cette communauté est exposée au mercure depuis un déversement majeur dans leur écosystème aquatique au début des années 1960. L’équipe de chercheurs, chapeautée par Donna Mergler, neurophysiologiste et professeure émérite à l’Université du Québec à Montréal, et par Myriam Fillion, professeure en science de l’environnement à l’université TELUQ, recueille des données sur l’impact multigénérationnel de l’exposition à ce poison neurotoxique. Les chercheurs confirment le lien entre la contamination au mercure de la rivière et le très haut taux de suicide dans la communauté de Grassy Narrows.

« Si on prélève le sang de n’importe quel humain, n’importe où sur la planète, on va déceler des traces de contaminants », note Marc Fraser. Cette constatation motive le chercheur à transmettre ce qu’il a appris aux nouvelles générations d’ingénieures et d’ingénieurs.

Un toxicologue à l’ÉTS

Marc Fraser enseigne la chimie depuis 2007, d’abord à l’Université de Moncton, puis au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick.  À l’été 2023, il obtient un poste de professeur enseignant au Département des enseignements généraux de l’ÉTS. L’institution désire élargir son volet environnemental. À titre de chimiste et d’écotoxicologue, la nouvelle recrue possède une expertise qui ne peut qu’enrichir la réflexion des ingénieures et ingénieurs. « Il faut toujours garder en tête l’impact des projets en génie sur la faune, la flore et les humains », estime le professeur Fraser.

Parce que de plus en plus la question se pose : L’Homo toxicus est-il en train de modifier sa propre espèce? Pour Marc Fraser la réponse est évidente.


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