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Un réacteur nomade qui convertit les déchets plastique marins en biocarburant - Par : Hanen Hattab,

Un réacteur nomade qui convertit les déchets plastique marins en biocarburant


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Il existe déjà des projets innovants et originaux de collecte de déchets de plastique marins comme Manta, le quadrimaran dépollueur des océans d’Yvan Bourgnon, et le laboratoire collaboratif de recyclage flottant Plastic Odysse, créé par Simon Bernard et Alexandre Dechelotte. Imaginons que ces navires, en sillonnant les mers et les océans, convertissent directement les détritus en biocarburant. Cet article présente une nouvelle technologie qui rendra cette idée possible.

P2F conversion

Le capitaine de navire James Holm et le chercheur en chimie organique Swaminathan Ramesh du Michigan ont créé un petit réacteur nomade qui peut être installé à bord des navires afin de transformer les déchets plastique en biocarburant. La technologie, brevetée sous l’appellation « P2F conversion », a été présentée à une conférence de presse lors du 253e congrès de l’American Chemical Society, le 3 avril 2017. Avant de se rencontrer, les deux collègues œuvraient déjà pour remédier à la pollution des océans par les déchets plastiques. Ramesh a créé EcoFuel Technologies et a couplé ses connaissances chimiques avec les connaissances écologiques de Holm. En effet, Holm avait, de son côté, fondé l’organisation à but non lucratif, Clean Oceans International, qui développe un programme éducatif et des recherches universitaires sur terrain. Le programme consiste à recueillir des données et à étudier l’impact de la pollution plastique sur l’environnement maritime.

Les chercheurs ont développé une technologie qui convertit les déchets plastique à base d’hydrocarbures. Pendant des années, Ramesh a exploré les technologies de pyrolyse utilisées pour décomposer ou dépolymériser les plastiques non recyclables. Or ce processus présente des étapes de raffinage complexes, coûteuses et encombrantes pour obtenir un carburant fin.

Processus de transformation des plastiques non recyclables en carburant

Simplification et miniaturisation de la pyrolyse

Pour réduire et simplifier le système de pyrolyse, Ramesh a développé un procédé très simple qui non seulement produit le carburant directement sans passer par le raffinage, mais aussi évite l’étape du tri des différents types de plastiques. Le polyéthylène, le polypropylène et le polystyrène, utilisés dans la fabrication des emballages, peuvent être introduits ensemble dans la même cuve de chauffage. En effet, le système utilise un catalyseur à base de métallocène qui, déposé sur un support poreux et conjugué à une réaction de pyrolyse contrôlée, produit des carburants diesel. Cette technologie est également rentable à petite échelle et fonctionne avec des températures relativement basses et variables.

Les métallocènes sont des complexes organométalliques qui permettent de fabriquer des polymères  par coordination comme le polyéthylène, les plastomères et les polypropylènes. Dans la technologie P2F conversion, le catalyseur est plutôt utilisé pour accélérer la dépolymérisation des plastiques. En accélérant le processus de pyrolyse, le catalyseur participe aussi à réduire l’empreinte carbone de l’ensemble du système. Il est possible de convertir entre 100 et 10 000 livres (4,5 à 4 550 kg) de plastique par jour, ce qui créerait chaque jour environ 10 à 1000 gallons US (38 à 3785 litres) de carburant diesel. En raison de sa petite taille, l’appareil peut être installé n’importe où et transformer les déchets plastiques récoltés sur place sans avoir à effectuer de déplacements supplémentaires. L’ensemble du système peut être embarqué dans un conteneur de 6 mètres ou à l’arrière d’un camion à lit plat.

Étant donné que le prix de la machine tourne entre 1,5 million de dollars et 2 millions de dollars, et que le prix du pétrole est supérieur à 2,50 $ le gallon US, la machine devient rentable après deux ans.

Les chercheurs vont bientôt mener un projet-pilote pour la ville de Santa Cruz, en Californie. La ville veut se débarrasser des déchets plastique non recyclables et produire du carburant diesel pour alimenter ses véhicules. Les deux chercheurs collaborent avec le collège Cabrillo et l’Université de Californie Santa Cruz pour que la technologie passe du prototype à un appareil rentable tout en assurant un contrôle universitaire indépendant sur le processus et sur la sécurité et la durabilité du produit.

L’équipe a obtenu un financement privé pour ce projet. Le développement du système catalyseur et du réacteur est autofinancé par Ramesh et sa société EcoFuel Technologies.

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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