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Saware : Un nouveau procédé hybride de dépollution des eaux usées - Par : Hanen Hattab,

Saware : Un nouveau procédé hybride de dépollution des eaux usées


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Traitement des eaux usées

Achetée sur Istock.com. Droits d’auteur.

Selon l’Organisation des Nations unies, « 80 % des eaux usées retournent dans l’écosystème sans être traitées ou réutilisées », et ce, à l’échelle mondiale. En plus des risques sanitaires, c’est une ressource hydrique importante qui n’est pas exploitée à l’heure des changements climatiques. Avec les records de hautes températures enregistrés ces dernières années, même les pays européens sont en proie à la sécheresse et les impacts sont considérables.

Le recyclage et la réutilisation des eaux usées présentent de nombreux avantages économiques et environnementaux, mais présentent un défi important quant au traitement. En effet, les méthodes d’assainissement déployées doivent obéir à des exigences sanitaires strictes.  Ce défi a été relevé par Julie Mendret, chercheuse à l’Institut Européen des Membranes (IEM), à Montpellier en France, et maître de conférences à l’Université Montpellier.

Au sein de l’IEM, spécialisé dans le développement des procédés et matériaux membranaires, le projet de Julie Mendret porte sur l’assainissement et l’analyse des eaux récoltées dans les stations d’épuration en France. Ces travaux de recherches ont débuté en mars 2017 et ont abouti à la proposition d’un nouveau procédé de traitement avancé des eaux usées sans rejet liquide, appelé Saware. Le projet s’inscrit dans le cadre de la modernisation des stations d’épuration. Financé par l’Agence Nationale de Recherche, il a pour objectif d’éliminer les micropolluants organiques, tels que les biocides et les substances pharmaceutiques, qui contaminent les eaux traitées à l’échelle municipale. Il s’agit précisément des procédés de dépollution qui se situent après les étapes de prétraitement lesquels permettent d’isoler les déchets insolubles, à savoir, les détritus solides, le sable et les huiles.

Dispositif d’une station d’épuration typique

Enjeu environnemental des micropolluants

Déployés dans les stations d’épuration, les traitements biologiques des eaux usées consistent à utiliser l’action de micro-organismes, les boues activées, pour absorber et oxyder les matières organiques présentes dans les eaux usées. Malheureusement certaines molécules nocives résistent au traitement. Les eaux traitées restent donc chargées par ces micropolluants et sont déversées dans le cours d’eau récepteur. « Les études montrent que les poissons vivant à proximité des rejets des stations sont contaminés par ces molécules. Ces composés toxiques sont devenus un enjeu majeur et les stations d’épuration du futur devront se moderniser afin de limiter leurs émissions », explique Julie Mendret.

Saware, un processus de dépollution qui couple deux procédés

Deux types de traitements permettent de retirer ce type de molécules des cours d’eau, soit, les procédés membranaires et l’ozonation. La première méthode isole les polluants en filtrant l’eau grâce à une membrane qui peut être de différents types : les membranes de microfiltration (taille du pore proche de 0,1 μm), d’ultrafiltration (0,01 μm), de nanofiltration (0,001 μm) et d’osmose  inverse (membrane dense). Toutefois, elle ne détruit pas les polluants captés. Les chercheurs de l’IEM ont eu l’idée de coupler le procédé de filtration à un procédé d’oxydation, l’ozonation, pour pallier cette limitation. L’avantage est double. L’ozonation est optimisée dû à la concentration plus élevée de polluants sur la membrane et les sous-produits toxiques pouvant se former lors de l’ozonation sont retenus par la membrane.

Les procédés de nanofiltration et d’ozonation sont présentés dans les vidéos suivantes :

La nanofiltration (en anglais)

L’ozonation (en anglais)

Le système conçu par Julie Mendret intègre des membranes de nanofiltration en céramique, un matériau qui résiste à l’action de l’ozone. Grâce à ce nouveau procédé de dépollution, on peut obtenir une eau qui peut être utilisée dans l’irrigation des terres agricoles ou encore dans la lutte contre les incendies. Cependant, la chercheure déplore que le projet Saware soit bloqué « par la législation française très stricte qui limite la réutilisation des eaux usées ».

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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