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Pourquoi faire un partenariat avec une université? Formule de croissance du savoir. - Par : Jean-Pierre Cornillaut,

Pourquoi faire un partenariat avec une université? Formule de croissance du savoir.


Jean-Pierre Cornillaut
Jean-Pierre Cornillaut Profil de l'auteur(e)
Jean-Pierre Cornillaut, FRM, est vice-président associé, solutions revenu fixe et superposition. Il est ingénieur diplômé de l’INSA de Lyon en France.

L’École de Technologie Supérieure (ÉTS), en partenariat avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, a créé en septembre 2011 le Programme de 2e cycle en ingénierie financière. Une première cohorte d’étudiants a été diplômée à l’automne 2012 et la seconde cohorte suit présentement le programme.

Le succès est au rendez-vous, surpassant les attentes. Pourquoi ce partenariat? Et pourquoi cette formule? Est-elle réellement pertinente?

Un besoin criant – l’exemple des TI

Les technologies de l’information (TI) sont souvent stratégiques. Elles le sont particulièrement dans le domaine des marchés financiers où l’avantage concurrentiel qu’elles fournissent est déterminant.

Pourtant, la double compétence informatique PLUS finance de marché reste rare. C’est vrai à Paris où j’ai passé une grande partie de ma carrière dans ce double domaine. C’est aussi vrai à Montréal. C’est vrai partout.

Ce n’est pas par manque d’intérêt ou par manque de formation dans l’un ou l’autre des domaines. J’y vois l’absence de formation combinant efficacement les deux domaines.

Pourtant, les formations de second cycle en finance de marché et en investissement foisonnent. Les informaticiens n’auraient-ils donc qu’à les suivre?

En réalité, elles s’adressent aux déjà économistes, aux déjà financiers. Elles ne s’adressent quasiment jamais aux ingénieurs, non financiers. Elles ont l’objectif de former des «traders», des gestionnaires de portefeuilles, des analystes financiers, pas de parfaire une formation d’ingénieur.

Le besoin que j’observe depuis deux décennies est celui d’une formation en investissement pour des ingénieurs qui veulent le rester. Une formation pour des informaticiens qui souhaitent mieux comprendre le domaine de l’investissement dans lequel ils évoluent souvent. Mieux le comprendre pour mieux exercer leur métier d’ingénieur.

Que fallait-il pour rencontrer efficacement ce besoin?

Deux partenaires naturels

La Caisse de dépôt et placement du Québec emploie de nombreux informaticiens. C’est parfois méconnu car la Caisse évoque avant tout, et c’est normal, les métiers de l’investissement.

Cependant, la Caisse recrute des informaticiens spécialistes de ses métiers. Car ceux-ci sont à même d’élaborer des solutions pertinentes répondant aux attentes des professionnels de l’investissement.

L’ÉTS est une école à la fois très réputée au Québec et mondialement compétitive. Elle forme des ingénieurs fiers de l’être. Elle se situe à quelques mètres de la Caisse.

La Caisse avait bâti un premier partenariat avec l’ÉTS centré sur la connaissance mutuelle, les stages récurrents, avec des recrutements réussis de finissants ÉTS ravis de découvrir à la Caisse une mine de défis passionnants.

Edmond Miresco, au sein de l’ÉTS, avait le projet de mettre en place une formation financière pour les étudiants ingénieurs de l’ÉTS. Passionné de finance, investisseur, son projet n’attendait que la rencontre d’une véritable opportunité.

Pierre Miron, responsable des TI et des Opérations à la Caisse, avait le projet de répondre, au Québec, au besoin de cette double compétence. Il connaît parfaitement l’ÉTS.

Tous les ingrédients étaient donc réunis pour répondre au besoin et pour que les rêves deviennent réalité!

Une formule gagnante

En 2010, le directeur général de l’ÉTS, Yves Beauchamp, et Pierre Miron, devinrent les «sponsors» d’un nouveau programme élaboré par l’ÉTS et appuyé par la Caisse. Edmond devint le champion de ce nouveau programme et j’eus l’honneur d’être un des acteurs de l’accompagnement offert par la Caisse.

Il s’agit du programme court d’ingénierie financière de l’ÉTS. Cinq cours pour un total de 15 crédits ouvert notamment aux ingénieurs diplômés.

Plusieurs conditions de succès ont été réunies selon moi :

L’exigence du concret – L’ÉTS valorise profondément l’enseignement pratique. L’ingénierie financière ne peut pas rester théorique. Elle requiert de nombreuses mises en situation. Une grande spécificité de l’ÉTS vient donc répondre à une caractéristique essentielle de tout programme financier pertinent.

Le grand intérêt du public cible – Les ingénieurs sont spontanément intéressés par l’investissement mais restent trop souvent en marge de ce domaine lorsqu’ils n’y travaillent pas directement. Pourtant, ils ont pour eux-mêmes le besoin de comprendre car ils sont ou seront des investisseurs privés. L’ÉTS, école d’ingénieurs offrant un programme financier, venait ainsi combler une nécessité pour le futur investisseur qu’est tout élève-ingénieur.

L’entreprise au cœur de l’enseignement – La Caisse a contribué à la constitution du syllabus du programme. Plusieurs de ses professionnels ont été sollicités pour donner leur avis sur ces thèmes. Ainsi, des professionnels placés au cœur de l’investissement ont eu l’occasion de contribuer à un nouveau programme théorique en gestation. Également, chaque année, le dernier cours est un séminaire appliqué dont les conférenciers sont en majorité des professionnels de la Caisse venant présenter leur métier aux étudiants. Des gestionnaires de portefeuille viennent ainsi offrir une contribution qui plaît particulièrement aux étudiants car elle est réelle, concrète et accessible. Enfin, le programme est soutenu depuis le départ par l’équipe des ressources humaines de la Caisse et il est intégré à l’offre de formation proposée aux employés de la Caisse.

La grande qualité des enseignants – Un matériel de grande qualité est offert aux étudiants. Les cours bénéficient de toute l’expérience de l’ÉTS, de ses infrastructures, de la passion et de l’expertise de ses enseignants, ainsi que d’intervenants externes réputés. Edmond Miresco, passionné lui-même, s’est entouré d’autres passionnés, seuls susceptibles de répondre à son exigence. Les diplômés de la première cohorte ont salué unanimement la richesse des cours et la façon dont ceux-ci les ont poussés à se surpasser dans l’apprentissage et dans sa mise en pratique.

Accessible aux employés – Les cours sont donnés le vendredi et le samedi, ce qui permet à un employé en activité de suivre le programme. C’est ainsi le cas de plusieurs employés de la Caisse. Cela permet à ces employés de parfaire leurs propres connaissances et aux cohortes d’être composées de jeunes diplômés et d’ingénieurs ayant déjà l’expérience du secteur de l’investissement. Une fertilisation réciproque.

L’unicité dans la réponse aux besoins – Très rares sont les programmes ainsi composés pour répondre aux besoins des ingénieurs en matière de croissance de leur savoir dans le domaine financier. Les autres programmes homonymes répondent à d’autres besoins. Le programme de l’ÉTS me paraît unique en son genre : l’ingénierie financière pour les ingénieurs.

La proximité – C’est à Montréal, au cœur d’une population financière dont le nombre atteint très facilement la centaine de milliers de professionnels. Ce programme est à deux pas des entreprises financières de Montréal. C’est pour nous, les ingénieurs d’ici ou d’ailleurs, et c’est chez nous, au Québec.

Aller plus loin

Je suis convaincu que ce programme durera. Il faut certes continuer à le promouvoir mais sa qualité, la force du partenariat Caisse-ÉTS, la réponse pertinente à de vrais besoins, font qu’il continuera de se développer dans les années à venir.

Pour aller plus loin, il faudrait le faire mieux connaître aux entreprises financières du Québec, en dehors de la Caisse. Finance Montréal a été approché et pourrait, vu sa vocation, devenir une chambre de résonance. Le réseau de contacts de la Caisse au Québec est un atout évident.

Il est profondément nécessaire que croisse ce programme québécois qui développe le savoir financier de nos jeunes ingénieurs en répondant idéalement, selon moi, aux attentes des entreprises québécoises du secteur financier.

Jean-Pierre Cornillaut

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Jean-Pierre Cornillaut, FRM, est vice-président associé, solutions revenu fixe et superposition. Il est ingénieur diplômé de l’INSA de Lyon en France.

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