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Passer de la parole aux actes en matière de développement durable - Par : Substance,

Passer de la parole aux actes en matière de développement durable


Développement durable

Achetée sur Istock. Droits d’auteur.

À l’heure où les feux de forêt font rage en Australie, où la météo croît en imprévisibilité et où les réfugiés meurent dans des embarcations de fortune, il devient urgent de passer de la parole aux actes en matière de développement durable. Et bien que des objectifs ambitieux aient été établis en ce domaine en 2015 par l’Organisation des Nations Unies (ONU), force est de constater que les États éprouvent des difficultés à déployer des actions concrètes qui leur permettront d’atteindre leurs cibles d’ici 2030. Des chercheurs universitaires québécois – dont plusieurs sont membres du Centre interdisciplinaire de recherche-développement durable (CIRODD) – proposent des pistes!

Soulignons que ces pistes ont fait l’objet d’un article intitulé « Back to the Future: Implementing the SDGs in Canadian francophone Academia », qui a remporté le premier Prix à la Conférence internationale sur le développement durable de 2019.

Le développement durable passe par la diversité

Mais, d’abord, pourquoi est-ce si difficile pour les États de mettre en place des actions concrètes, alors qu’il est si urgent d’agir? « Il semblerait que de nombreux États peinent à mettre en œuvre les objectifs de développement durable (ODD). Il faut dire que c’est un travail colossal que de déployer des actions qui permettront d’atteindre les cibles des 17 ODD d’ici à 2030. C’est pourquoi la collaboration et l’intelligence collective sont si importantes! », explique Luce Beaulieu, directrice exécutive du CIRODD et l’une des autrices de l’article.

Et pour trouver des solutions concrètes à des enjeux complexes, les chercheurs proposent de regrouper des personnes de divers horizons – des universitaires et des non-universitaires ainsi que des personnes originaires de diverses régions et issues de cultures variées. Cette diversité permettrait même de trouver des solutions à des questions de nature plus « sociétale ». Cette méthode, qu’on appelle la cocréation, est utilisée avec beaucoup de succès dans le domaine de l’innovation. Elle serait aussi une excellente solution de rechange à la technoscience, reconnue jusqu’à maintenant pour son inefficacité.

Mohamed Cheriet et Luce Beaulieu, respectivement directrice exécutive et directeur général du CIRODD

Mohamed Cheriet et Luce Beaulieu, respectivement directrice exécutive et directeur général du CIRODD

Que gagnerait-on à y recourir en développement durable? « Il semblerait que le côté appliqué et la diversité des points de vue de la cocréation enrichissent la nature scientifique des enjeux liés au développement durable en faisant ressortir les problématiques sociales. Elle donnerait aussi plus de crédibilité aux solutions scientifiques qui sont ensuite proposées », explique Mohamed Cheriet, directeur général du CIRODD et l’un des huit auteurs de l’article.  Elle permettrait d’apporter une saveur locale aux divers enjeux du développement durable qui – rappelons-le –, ne sont pas nécessairement liés à l’environnement, mais qui peuvent découler d’inégalités sociales et économiques. Par exemple, comment le Bangladesh peut-il gérer la crise des Rohingyas ou la France, le mouvement des gilets jaunes? Ces questions sont aussi des enjeux de développement durable.

Une approche qui fait des petits!

L’approche commence à faire son chemin, ici, au Québec, comme en font foi certaines initiatives axées sur des problèmes bien concrets.

Dans le sud-ouest de Montréal, par exemple, un groupe de citoyens a lancé Demain Verdun. Ce regroupement, fondé il y a un an à peine, rassemble plus de 40 citoyens non partisans qui veulent établir des ponts avec les organisations locales, dont les sociétés de développement commercial (SDC), les conseillers municipaux, les députés. Et ça marche!  Qu’il s’agisse d’assurer la survie des insectes pollinisateurs, d’inciter les commerçants locaux à organiser éventuellement des foires commerciales carboneutres ou de sensibiliser les fumeurs à l’importance de jeter leurs mégots dans un cendrier plutôt que sur le trottoir, Demain Verdun cherche des solutions… et il en trouve!

abeille polonisant une fleur

Nous le savons, les voitures sont d’importants émetteurs de gaz à effets de serre. Malgré tout, les automobilistes québécois sont encore très réfractaires à l’idée de covoiturer ou d’utiliser le transport collectif. Ils aiment bien rouler seuls. Une équipe, composée d’étudiants, de professeurs et de représentants du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) s’affaire à mieux comprendre les motifs que leur font tant aimer leur bolide.  Et ces raisons seraient bien plus complexes qu’il n’y paraît. En documentant la problématique, en la comparant d’une région à l’autre, il sera éventuellement possible de faire converger les efforts de tous vers une solution efficace. C’est l’objectif du projet Transition vers la mobilité durable : obstacles et leviers aux changements de comportement des citoyens québécois.

Enfin, sommes-nous aussi « verts » qu’on aime bien le prétendre? Une boussole durable nous permettra bientôt de répondre à la question… sans tricher! L’équipe qui travaille à l’élaboration de cette boussole regroupe des entreprises privées, des universités et des groupes environnementaux. Elle permettra à chacun de nous modifier ses comportements et d’adopter un mode de vie plus durable. Elle nous aidera aussi à opter pour des changements qui ont des répercussions plus importantes sur la société. Par exemple : est-il préférable d’acheter un légume bio ou un légume cultivé plus près de chez soi? La boussole durable saura nous éclairer.

Bref, il y a encore de l’espoir : nous pouvons rendre monde beaucoup plus durable. Le secret? Nous regrouper afin de créer un effet de levier sur les politiques. « Les politiciens ne sont qu’un levier parmi tant d’autres, rappelle Francis Waddell, l’un des portes paroles de l’équipe de Demain Verdun.  Pour réussir la transition, il faut miser sur tous les leviers dont nous disposons. Et bien que l’on ait souvent tendance à l’oublier, les citoyens de tous les horizons sont un levier puissant. »

Vous avez envie d’en savoir plus sur la cocréation en développement durable? Consultez l’article.

Les auteurs de l’article

Une dizaine d’auteurs ont collaboré à l’article :

  • Olivier Riffon, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)*
  • Issam Telahigue, professeur à l’Université du Québec en Outaouais (UQO)*
  • Catherine Lemay-Bélisle, professionnelle de la recherche à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)**
  • Liliana Diaz, coordonnatrice universitaire à l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (Institut EDS), Université Laval – et membre du CIRODD**
  • Luce Beaulieu, directrice exécutive du CIRODD – École de technologie supérieure (ÉTS)**
  • Daniel Forget, coordonnateur des opérations au bureau du vice-recteur à l’Université Laval André Potvin, professeur à l’Université Laval**
  • Mohamed Cheriet, professeur à l’ÉTS et directeur général du CIRODD.*

*Membre du CIRODD
**Professionnels de recherche et collaborateurs du CIRODD


commentaires
  1. Gérard dit :

    Super article, merci!

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