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Munich et Montréal : deux fleuves, la même histoire - Par : Jules Rodschat,

Munich et Montréal : deux fleuves, la même histoire


Dans le cadre de son stage en gestion des eaux pluviales à FRÄNKISCHE, Jules Rodschat, étudiant en génie de la construction à l’ÉTS, a participé à une visite guidée des canaux de Munich, vieux de 200 ans, le 28 mai 2018. La capitale bavaroise, dont le passé a été marqué par des épidémies causées par des réseaux d’égouts et stations d’épuration déficients, est devenue un leader mondial en matière de traitement et d’évacuation des eaux usées de manière durable.

Jules, ayant étudié les systèmes d’égout de Montréal, désirait approfondir ses recherches et en apprendre davantage sur l’histoire souterraine des deux villes pour répondre à une question simple : comment se comparent les deux systèmes et quelles sont les solutions mises en œuvre aujourd’hui ?

Jules Rodschat
Jules Rodschat est étudiant au baccalauréat au département de génie de la construction de l’ÉTS. Il a été conseiller au Fonds de développement durable de l’ÉTS et est membre de l’association du bâtiment durable (ABD).

Drain séparé pour la pluie

L’image a été achetée sur Istock.com et est protégée par des droits d’auteur.

Un aperçu de la gestion de l’eau de pluie dans les deux villes

L’île

 Du 11 au 14 novembre 2015, 4,9 milliards de litres d’eaux usées ont été rejetés dans le fleuve Saint-Laurent en raison d’un important projet de construction financé par la ville de Montréal. Heureusement, il ne s’agissait que d’une partie des 8 milliards de litres prévus, grâce à 89 heures de travail acharné.1

L’île Ste-Hélène dans les années 30

Île Ste-Hélène beach signage—from no littering in 1937 to no bathing in 1941.

Bien que ce déversement planifié ait causé l’émoi dans les communautés scientifiques, civiles et autochtones, il n’est pas rare que les eaux usées se retrouvent dans nos cours d’eau.

Des eaux usées mal gérées

Dotée d’un système d’égout combiné (qui ne fait pas de distinction entre les eaux usées et les eaux pluviales), la ville dépense souvent argent et énergie pour assainir des eaux de toxicité relativement faible. De plus, contrairement à d’autres grandes villes, il n’existe aucun traitement secondaire, soit l’élimination des nitrates et des phosphates responsables de la prolifération de la végétation dans les lacs et les rivières, phénomène connu sous le nom d’eutrophisation.

Pourtant, les eaux pluviales ou provenant de la fonte des neiges peuvent surcharger la station d’épuration des eaux usées. L’eau est alors déversée directement dans les eaux réceptrices, contournant inévitablement le traitement et entraînant les contaminants des rues et du réseau d’égout.

Dans l’état actuel des choses, notre système compte trop sur le fait que le fleuve Saint-Laurent peut s’occuper du reste

Le plus gros, le mieux

Montréal a fait preuve d’une grande ambition en construisant la plus importante station d’épuration d’eaux usées de l’Amérique et la troisième plus grande au monde.

L’immense station d’épuration des eaux usées de Montréal

Malheureusement, la qualité de ses rejets bat d’autres records. Montréal serait non seulement « la dernière grande ville nord-américaine à s’être dotée d’une station d’épuration des eaux usées », mais se classe à ce jour à l’avant-dernier rang au Canada dans le traitement des eaux résiduaires, selon le National Sewage Report Card, publié par le Sierra Club en 2004.³ Vous trouverez plus d’informations sur l’état actuel du Montréal souterrain à Under Montreal.

Bref, la station d’épuration de Montréal travaille fort, mais mal. En fait, elle était vouée à l’échec avant même son inauguration; en effet, la station a été considérée comme désuète dès sa conception.

Pour le moment, le fleuve Saint-Laurent possède des propriétés d’absorption des polluants capables d’épurer les rejets. Grâce à des processus naturels découlant de la végétation, de la sédimentation et de la décomposition bactérienne, il peut habituellement éliminer bon nombre de toxines ou en réduire les effets sur l’écosystème. Néanmoins, à mesure que la ville grandira et que les cycles naturels de l’eau changeront, en sera-t-il toujours CAPABLE?

Nous savons déjà qu’il y a un problème

Le Portrait global 2014 du Plan d’action Saint-Laurent 2011–2026 rapportait que notre fleuve est toujours en danger, et cela, malgré les améliorations apportées au 20e siècle. Le programme vise à bonifier en permanence la santé de cette grande voie navigable en fournissant des données à jour et des recommandations.

Les analyses indiquent notamment que les caractéristiques physiques, chimiques et bactériologiques de l’eau se dégradent considérablement après son passage à Montréal (27 % de l’eau est de qualité mauvaise à très mauvaise dans le tronçon Montréal-Sorel). Des résultats comparables sont obtenus lors de l’analyse de micro-invertébrés (petites créatures biologiques), d’espèces envahissantes et de contaminants toxiques présents dans l’eau, les sédiments et les espèces de poissons.²

La qualité de l’eau du fleuve Saint-Laurent

En réalité, la région métropolitaine de la province est loin d’être la seule à vivre ce problème; de nombreuses municipalités européennes luttent depuis des siècles pour accroître la qualité de leurs eaux usées.

Le passé

Le confort dont nous jouissons quant à l’accès à l’eau et à sa gestion est le fruit de siècles de dur labeur de la part des ingénieurs et des grands chercheurs. À Munich, le confort de la vie urbaine n’a pu évoluer que lorsqu’un lien direct entre la qualité de l’eau et la santé humaine a été établi.1

Les canaux de MunichEn 1811, le premier canal fermé dédié à l’eau pluviale de Munich s’est rapidement révélé insuffisant. Les résidents se servaient secrètement des 20 km de voies d’eau dispersées et non centralisées pour y déverser leurs eaux usées (qui ruisselaient ensuite dans l’Isar). Cette habitude a entraîné la mort de nombreux Bavarois et visiteurs étrangers lors de l’exposition industrielle de 1854.

Ce n’est qu’après une troisième épidémie de choléra en 1873, au cours de laquelle plus de 1500 personnes ont perdu la vie, que la gestion de l’eau a été prise au sérieux. La ville a ainsi embauché de nombreux experts, notamment J. Gordon, ingénieur britannique, et Pettenkofer pour nettoyer le village de mille habitants. Toutefois, malgré leurs efforts, la capacité de purification naturelle de l’Isar a été dépassée par l’accroissement de la population.4

 Le présent

Aujourd’hui, 80 millions de mètres de cubes d’eau sont filtrés et purifiés annuellement par la Gut Marienhof. En 1989, la Gut Großlappen, considérée comme l’une des meilleures stations d’épuration, a coûté 300 millions d’euros à la ville de Munich. La qualité de son effluent permettrait même la baignade pendant les mois d’été. Ensemble, les deux stations contribuent à protéger l’Isar en desservant les 1,5 million de résidents actuels et pourront accommoder une augmentation de la population allant jusqu’à 3 millions de personnes.5

Séparer pour mieux traiter

Nous réalisons maintenant que le cycle naturel de l’eau doit être respecté pour pouvoir optimiser le processus de purification. FRANKISCHE, l’entreprise où j’ai effectué mon stage, a pensé à simuler ce système prédéfini pour préserver les effluents.

L’Association allemande de l’eau, des eaux usées et des déchets (DWA) a mis au point une méthodologie complète de calcul et de planification de la gestion des eaux pluviales. À titre de vérificateur externe, l’Institut allemand de la technologie de la construction (DIBt) décerne ensuite des certificats pour les produits s’étant révélés conformes à ces principes.

Le premier principe est de séparer les eaux usées des eaux de précipitation. La construction de nouvelles installations doit prévoir différentes canalisations de sorte que l’eau la plus propre ne soit pas contaminée par les rejets domestiques, commerciaux ou industriels.

Le deuxième principe est de purifier l’eau selon la zone de captage (données sur les précipitations locales, type de surface et potentiel de contamination résultant des activités humaines environnantes).

Enfin, les troisième et quatrième principes recommandent de créer un bassin de rétention pour limiter le débit dans les cours d’eau naturels et éviter les inondations.

La photo ci-dessous illustre l’approche élaborée par FRANKISCHE pour protéger et préserver les cours d’eau naturels et les eaux souterraines.

Les solutions de Fränkische

1-Transport 2-Traitement 3-Stockage 4-Effluent : les étapes de la gestion décentralisée des eaux pluviales proposées par FRÄNKISCHE.

L’avenir

Il semble que, partout dans le monde, la gestion de l’eau se soit toujours faite en réaction à un problème. L’Europe, ayant constaté la dégradation de ses fleuves naturels, a finalement adopté une méthodologie proactive et protectrice.

Espérons que d’autres initiatives comme Les Ruelles Bleues-Vertes naîtront à Montréal. Cette résolution prévoit la collecte à faible coût de l’eau de pluie des toits afin de réduire le fardeau des égouts municipaux. Un nouveau projet pilote mené par les autorités municipales vise à faire de l’utilisation de l’eau de pluie une norme.

Nous devons redoubler nos efforts pour préserver l’essence même de la vie. Évitons les erreurs que d’autres ont fréquemment commises dans le passé. Le prix que nous payons aujourd’hui pour de meilleures infrastructures définira le fleuve Saint-Laurent de demain.

Jules Rodschat

Profil de l'auteur(e)

Jules Rodschat est étudiant au baccalauréat au département de génie de la construction de l’ÉTS. Il a été conseiller au Fonds de développement durable de l’ÉTS et est membre de l’association du bâtiment durable (ABD).

Programme : Génie de l'environnement  Génie de la construction 

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