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L’or noir des eaux usées du grand Vancouver - Par : Hanen Hattab,

L’or noir des eaux usées du grand Vancouver


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

eaux usées

Les stations d’épuration des eaux usées fournissent depuis quelques années des hydrocarbures et réduisent de façon variable le coût des énergies utilisées dans les domaines du transport et de la production de l’électricité. Du biogaz provenant des eaux usées fait rouler 35 % des autobus de Stockholm depuis 2015. Le Canada s’y met aussi. Un centre de traitement des eaux usées de la Colombie-Britannique (Vancouver) commence un projet pilote de transformation des déchets ménagers et de tout autre détritus capable de former une biomasse, en hydrocarbures. Le projet utilise une technologie créée au sein du Laboratoire d’énergie du Pacifique-Nord-Ouest (Pacific Northwest National Laboratory (PNNL)) du Ministère de l’Énergie des États-Unis. Il s’agit du procédé hydrothermal ou de la liquéfaction hydrothermale (hydrothermal liquefaction (HTL)).

Qu’est ce que la liquéfaction hydrothermale?

Afin d’atteindre trois de ses objectifs principaux à savoir, réduire la dépendance au pétrole importé, diminuer l’impact des activités humaines sur l’environnement et augmenter la capacité énergétique des États-Unis, le PNNL propose d’utiliser une source d’énergie inépuisable, à savoir les déchets domestiques. Rappelons que les taux les plus importants au monde de consommation de biens et d’énergie sont ceux des ménages américains. Ils ont aussi ceux qui génèrent le plus de déchets. Au vu de ce qui précède, le PNNL a pensé à recycler les eaux usées pour en fabriquer du pétrole. Le laboratoire estime qu’un américain peut produire deux à trois gallons de biocarburant par an.

Le procédé HTL imite les conditions géologiques de la terre. En utilisant une haute température et une haute pression, cette technologie produit un pétrole similaire à celui qu’on extrait des gisements. Auparavant, les boues d’épuration n’étaient pas considérées comme propices à la formation de carburants parce qu’elles contiennent beaucoup d’eau. Avec la méthode créée par le PNNL il n’est plus nécessaire de déshydrater en premier lieu les boues, une opération qui rend la transformation des eaux usées en carburant complexe et coûteuse.

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Boue déshydratée dans une station d’épuration des eaux usées du grand Vancouver

Le HTL transforme la boue en composants chimiques. Les déchets sont mis sous une pression allant jusqu’à 3 000 psi, soit près de cent fois la pression d’un pneu de voiture. La boue sous pression passe par la suite dans un réacteur fonctionnant à environ 660 degrés Fahrenheit (350 oC). La chaleur et la pression transforment les déchets en pétrole brut lequel requiert un raffinage semblable à celui du pétrole naturel pour en extraire les carburants. Le HTL peut être aussi utilisé pour produire des biocarburants à partir d’autres matières premières organiques, comme les déchets agricoles.

En plus de produire une source d’énergie verte dont l’empreinte carbone est très faible, la liquéfaction hydrothermale permet aux stations de traitement des eaux usées d’éviter les étapes de traitement suivantes :

  • La stabilisation des matières organiques pour éliminer les mauvaises odeurs
  • Le stockage des boues
  • L’épandage et le compostage qui présentent des risques sanitaires

Le PNNL a autorisé sa technologie à l’entreprise Genifuel. Celle-ci fabrique les équipements du procédé de HTL et collabore avec le district régional du grand Vancouver (Metro Vancouver) pour le développement de sa première station expérimentale. Genifuel souligne que son équipement produit le carburant le moins cher et qu’il traite aussi d’autres types de déchets (aqueux) comme l’éthanol cellulosique. L’entreprise déclare notamment que 99 % de la matière organique est transformée dans un temps très réduit. Ce que le processus naturel géologique accomplit en dizaines de millions d’années, le procédé HTL le fait en moins d’une heure. L’équipement peut aussi produire des gaz naturels non nocifs , ce qui en fait une solution future pour les infrastructures urbaines soucieuses de l’environnement. La richesse de la biomasse générée par les eaux usées et l’efficacité du HTL rendent possible aussi la fabrication d’autres produits chimiques comme le phosphore.

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Pétrole brut produit par HTL

La station de traitement des eaux usées de Annacis Island : première productrice d’énergie renouvelable en Amérique du Nord

Metro Vancouver a planifié de produire des hydrocarbures, du biocarburant et du biogaz, en implantant sa nouvelle infrastructure de traitement des eaux usées dans 23 localités de la Colombie-Britannique à partir de 2018. Ce projet pilote sera le troisième au monde, après celui implanté par Reliance Industries Limited (RIL), une entreprise privée indienne spécialisée dans l’industrie pétrochimique, en collaboration avec l’entreprise américaine de biotechnologies Algenol. Grâce au procédé HTL, la station indienne produit, depuis 2015, des hydrocarbures à partir d’algues. La deuxième station a été implantée par le ministère américain de l’énergie pour son propre usage. La troisième, c’est-à-dire la station de traitement des eaux usées de Annacis Island (en Colombie-Britannique), sera donc la première en Amérique du Nord à servir une grande agglomération urbaine.

 

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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