ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE
ET INNOVATION DE L'ÉTS
Le troisième pouce, une prothèse pour une nouvelle expérience kinesthésique - Par : Hanen Hattab,

Le troisième pouce, une prothèse pour une nouvelle expérience kinesthésique


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Dans la première semaine du mois de juillet 2017, un objet ludique a été massivement partagé sur la toile et a suscité la curiosité, principalement des communautés scientifiques et des designers. Danielle Clode, diplômée du Royal College of Art (RCA), a créé une prothèse imprimée en 3D qui ne remplace pas un membre, mais qui s’ajoute comme un sixième doigt dans une main. Clode a inventé une nouvelle typologie objectale qui se situe entre l’outil et la prothèse. Elle projette de s’en servir en outre pour en apprendre davantage sur la perception des prothèses en étudiant des sujets qui ont tous leurs membres . Aussi, ce doigt servira à explorer une autre manière d’augmenter l’humain.

Le doigt a été conçu dans le cadre de son projet de fin d’études pour l’obtention du Product Design masters. La création a commencé comme un projet de recherche portant sur la façon dont les prothèses des membres supérieurs s’attachent et sont commandées par le corps.

Cette invention, appelée The Third Thumb, en l’occurrence, le troisième pouce, sert à augmenter l’habilité des usagers dans la préhension et la manipulation manuelles ou dans la performance artistique et corporelle. Elle permet notamment d’améliorer et d’explorer d’autres possibilités artistiques en musique.

The Third Thumb a obtenu une récompense du RCA’s Helen Hamlyn Design Award for Creativity. Installé à côté de l’auriculaire, ce doigt artificiel est connecté à des détecteurs de pression pour que l’utilisateur puisse le bouger.

Technologie simple, expérience ludique et synesthésie

La prothèse utilise deux moteurs montés dans un bracelet porté dans la poignée de la main (munie de la prothèse). Ces moteurs actionnent un câble (qui fonctionne à l’instar du câble Bowden) intégré dans la structure du pouce pour commander les articulations de la prothèse, qui imitent celles des phalanges proximale, intermédiaire et distale. Ces câbles servent aussi à maintenir le troisième pouce stable grâce à deux bandes épousant le dos de la main et la partie entre le pouce et l’index.

Les moteurs sont commandés par les deux capteurs de pression attachés aux chaussures des utilisateurs, sous les orteils, et connectés par Bluetooth. Le dispositif exploite le phénomène de coordination naturelle entre les mains et les pieds que nous employons spontanément par exemple, lorsque nous conduisons une voiture, jouons au piano, etc. Le pouce et les coques des autres parties du dispositif sont imprimés en résine par une imprimante Formlabs SLA. Clode a choisi les câbles Ninjaflex en polyuréthane de la marque NinjaTek, imprimés en 3D et utilisés dans le domaine de la robotique en raison de leur résistance, leur flexibilité et leur légèreté.

Les signaux envoyés par Bluetooth traduisent les mouvements des pieds et actionnent les différentes parties du pouce. Ainsi pour faire un mouvement de saisie, il faut appuyer sur le pied. Pour ouvrir le pouce, il suffit de le soulever pour laisser tomber la pression. La prothèse retrouve ainsi la position normale et décontractée de la main.

En manipulant ce pouce, la coordination bilatérale essayera de s’adapter à ce nouveau membre qui rend les mouvements synchronisés des mains asymétriques, en quelque sorte. La coordination œil-main est aussi sollicitée d’une manière inhabituelle. Les utilisateurs pourront ainsi développer une forme de kinesthésie localisée dans une partie du corps qui, dans la conscience proprioceptive, n’est pas relative à un membre bien déterminé, ainsi qu’une dextérité située notamment dans une partie de la main qui n’a jamais été exploitée auparavant. Nous pensons de fait qu’en plus de son potentiel dans le domaine des prothèses intelligentes, cette technologie peut servir à développer la mémoire et l’intelligence synesthésique.

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Profil de l'auteur(e)


commentaires

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *