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Le passage au logiciel libre, pas si facile que ça! - Par : Alain April,

Le passage au logiciel libre, pas si facile que ça!


Alain April
Alain April est professeur au Département de génie logiciel et technologies de l’information de l'ÉTS. Ses intérêts de recherche sont le support à la recherche médicale, les bases de données pour la génomique.

Logiciel libre

Image d’entête de Pixabay, licence CC, source.

À la suite de poursuites judiciaires entre les acteurs du logiciel libre et le gouvernement du Québec, le débat est ouvert concernant les coûts réels du passage au logiciel libre.

Cet enjeu est d’actualité, mais il faudra établir un certain nombre d’hypothèses, bien étayées et bien appuyées qui aideront les décideurs et qui permettront d’autoriser des projets de conversion vers le logiciel libre. Selon mon expérience, il faut faire attention lorsqu’on affirme d’emblée qu’il y a des économies substantielles à faire du simple fait de passer au logiciel libre, et ce, en se référant simplement sur la base des économies associées aux licences et en affirmant qu’il y a une solution de contournement rapide et simple aux produits actuels de Microsoft et de Adobe (pour ne nommer que ceux-ci) et que ces derniers seront efficaces dans toutes les situations (une réflexion souvent véhiculée). La réalité pourrait être fort différente.
Voici le sujet d’études sur lesquels nous nous penchons actuellement au laboratoire de génie logicielGÉLOG. Nous étudions entre autres la notion d’adhérence pour ce qui a trait aux applications corporatives et locales aux systèmes d’exploitation ainsi qu’à la suite bureautique existante. Ces dépendances, qui semblent variées selon chaque projet, compromettent le plan et les problématiques de migration.

Bien sûr, il y a des travaux sur ce sujet qui sont menés ailleurs, je pense entre autres aux projets pilotes mis en marche par les gouvernements du Québec et du Canada. Actuellement, le secteur des entreprises tente de rassembler des informations détaillées de manière à établir certaines règles pour la prise de décision. Il serait donc utile que ces recherches tiennent compte dans leurs publications des bilans suivants : 1) Les avantages et les inconvénients des alternatives actuellement disponibles; 2) Les équivalences offertes en logiciel libre des logiciels actuellement utilisés dans les différents ministères et entreprises; 3) La problématique de migration vers le logiciel libre en tenant compte des adaptations et obligations de redéveloppement des applications de missions existantes et 4) Les avenues prévisibles de l’informatique nuagique pour ces logiciels.

Au cours de ces études, il est important de considérer les problématiques soulevées par le personnel actuel, responsable de ce secteur d’activités, en fonction de ses craintes et préoccupations d’affaires, en n’ayant pas pour seul objectif l’unique perspective d’économies potentielles sur les licences. Il faut aussi tenir compte que le milieu d’affaires s’interroge actuellement sur les aspects légaux, les impacts organisationnels et opérationnels, la résistance au changement, l’équivalence des fonctionnalités, le support en cas de problème, la formation de la main-d’œuvre actuelle (technique et utilisateur), les investissements requis en migration des applications existantes, la rareté et le coût de la main-d’œuvre et le retour sur investissement d’un projet de conversion.
Pour convaincre les décideurs impliqués qu’il y a bel et bien une possibilité pour les ministères et entreprises concernés d’avoir accès à des logiciels qui équivalent à ceux de la suite Microsoft sans avoir à en payer des frais de licence et qui offrent une opportunité d’économies substantielles, il serait donc nécessaire de démontrer et d’appuyer cette hypothèse par des données concrètes et disponibles (post migration) afin de rassurer les décideurs impliqués. Jusqu’ici, il y a eu beaucoup d’ébauches d’avant-projets mais peu de données détaillées disponibles sur lesquelles on peut vraiment s’appuyer.

Alain April

Profil de l'auteur(e)

Alain April est professeur au Département de génie logiciel et technologies de l’information de l'ÉTS. Ses intérêts de recherche sont le support à la recherche médicale, les bases de données pour la génomique.

Programme : Génie logiciel  Génie des technologies de l'information 

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