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Les ingénieurs, plus que jamais au cœur du développement durable - Par : Nicolas Turgeon,

Les ingénieurs, plus que jamais au cœur du développement durable


Cet article est suivi d’une deuxième partie intitulée Des exemples concrets d’innovations en ingénierie durable , qui présente quelques projets liés au développement durable auxquels les experts du CRIQ ont récemment contribué.

Nicolas Turgeon
Nicolas Turgeon Profil de l'auteur(e)
Nicolas Turgeon est adjoint à la direction Écoefficacité industrielle et environnement du CRIQ. Il possède plus d’une vingtaine d’années d’expérience à titre d’expert en recherche et développement dans de le domaine de l’environnement.

Développement durable

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Un défi de taille

Les experts sont formels : le changement climatique est le plus grand enjeu international auquel l’humanité doit faire face en ce XXIe siècle. En cause, l’augmentation des gaz à effet de serre d’origine anthropique due principalement à notre dépendance aux énergies fossiles, avec pour conséquences des crises sanitaires, écologiques et humanitaires dont nous voyons déjà les prémices. Malgré cela, la lutte contre le changement climatique est une véritable opportunité de transition vers une société bas carbone, créatrice d’emplois, d’innovations et de justice sociale [1]. Sachant que les ingénieurs et les ingénieuresDans cet article, le masculin est utilisé comme générique dans le seul but de ne pas alourdir le texte maîtrisent les connaissances techniques, participent aux  décisions importantes, sont présents dans tous types de projets et d’organisations et jouissent d’une notoriété publique, ils occupent un rôle de premier plan dans la recherche de solutions par le développement durable [2].

Le développement durable

On associe souvent à tort le développement durable à la seule protection de l’environnement. En réalité, le développement durable a une portée beaucoup plus large et inclusive. C’est un développement qui prend en compte trois piliers : économique, environnemental et social. La particularité du développement durable est de se situer au carrefour de ces trois piliers. La définition « officielle » du développement durable a été élaborée pour la première fois en 1987 dans le Rapport Bruntland [3] : un développement qui doit permettre de « répondre aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures de répondre aux leurs ». Le gouvernement du Québec a adopté cette définition dans sa Loi sur le développement durable [4] et sa Stratégie gouvernementale de développement durable 2015-2020 [ 5].

Le rôle de l’ingénieur dans le développement durable

Qu’en est-il du rôle de l’ingénieur dans le développement durable? Cet extrait du Code de déontologie de l’Ordre des ingénieurs du Québec stipule que « dans tous les aspects de son travail, l’ingénieur(e) doit respecter ses obligations envers l’homme et tenir compte des conséquences de l’exécution de ses travaux sur l’environnement et sur la vie, la santé et la propriété de toute personne » [6].  L’ingénieur est donc un acteur privilégié pour innover et orienter les technologies futures vers une meilleure utilisation des ressources (eau, air, sol, matière première, énergie), une meilleure gestion des rejets (eaux usées, contaminants atmosphériques, matières résiduelles) et une amélioration de la qualité de vie de la population. Par sa capacité d’influencer et de diriger, l’ingénieur a la responsabilité de corriger les impacts négatifs qui affectent l’environnement et le bien-être collectif. L’application des principes du développement durable dans sa pratique met en lumière le rôle crucial de l’ingénieur(e) dans l’émergence et la mise en œuvre de solutions durables nécessitant une démarche multidisciplinaire et concertée.

Ingénierie durable

Le Guide national sur le développement durable et la gérance environnementale à l’intention des ingénieurs publié en 2016 par Ingénieurs Canada le rappelle [7].  La gestion responsable de l’environnement fait partie intégrante des fonctions de tout ingénieur, quels que soient sa discipline (aérospatial, agroenvironnemental, alimentaire, bâtiment, biomédical, bioressources, biotechnologique, bois, chimique, civil, électrique, géologique, géomatique, industriel, informatique, logiciel, mécanique, métallurgique, minier, production automatisée) ou son rôle, et qu’il agisse comme employé, employeur, chercheur, étudiant universitaire, consultant, chargé de la réglementation ou gestionnaire. Comme l’indique le code de déontologie d’Ingénieurs Canada, la première obligation de l’ingénieur consiste à garantir la sécurité et le bien-être du public, en respectant l’environnement et les valeurs de la société. Le développement durable est un aspect de l’exercice du génie qui présente un caractère exhaustif et préventif en adéquation avec les valeurs de l’ingénieur que sont la compétence, le sens de l’éthique, la responsabilité et l’engagement social. Pour ceux et celles qui souhaiteraient obtenir plus de détails, ce guide propose dix directives concernant les principes de développement durable et de gérance environnementale qui s’appliquent à l’exercice du génie dans le cadre de projets exécutés par les ingénieurs et sous leur responsabilité.

Le développement durable appliqué au quotidien

Sur une note plus personnelle, comment intégrer les concepts du développement durable dans sa pratique professionnelle, c’est-à-dire l’innovation et la recherche industrielle? Je répondrai simplement : en considérant dans toutes les étapes de réalisation des projets d’innovation, et ce, de manière intégrée et concertée, les trois piliers du développement durable. Concrètement, cela se traduit par la mise en œuvre d’équipes de projets multidisciplinaires (ingénieurs, chimistes, microbiologiques, avocats, techniciens, agronomes, etc.), la consultation de l’ensemble des parties prenantes (clients, fournisseurs, autorités réglementaires, associations, groupes de citoyens, etc.) et l’utilisation des meilleurs outils existants pour la conception et l’élaboration des solutions technologiques (règlements, normes, certification environnementale, analyse de cycle de vie ACVL’ACV est la mesure des ressources nécessaires pour fabriquer un produit ou donner accès à un service, suivie de la quantification des impacts potentiels de cette fabrication sur l’environnement. Actu Environnement. https://www.economie.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/programmes/aide_financiere/ges/CONSULTATION-Technologies_propres_VF.pdf, principe d’économie circulaireL’économie circulaire se définit comme un « système de production, d’échange et de consommation visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service, dans une logique circulaire, tout en réduisant l’empreinte environnementale et en contribuant au bien-être des individus et des collectivités ». Pôle québécois de concertation sur l’économie circulaire. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/entreprises-organismes/mieux-gerer/economie-circulaire., recherche documentaire, veille technologique, etc.). Il nous faut adopter une approche d’innovation durable afin de proposer aux clients et partenaires des solutions nouvelles répondant à leurs besoins et optimisées du point de vue économique, environnemental et sociétal.

Équipe multidisciplinaire

En conclusion

L’application des principes du développement durable sera, comme pour l’ensemble de la société, un défi pour bon nombre d’ingénieurs tant que la sensibilisation, l’éducation et la formation dans ce domaine seront nécessaires. Nous devons donc concentrer nos efforts et nous investir en ce sens pour les générations nouvelles. Les contraintes financières constitueront bien souvent un obstacle de taille susceptible de limiter les progrès en ce domaine. De par le rôle important qu’ils jouent dans la société, tous les ingénieurs et ingénieures doivent s’employer dans l’exercice de leur profession à chercher des solutions durables et responsables du point de vue économique, environnemental et sociétal ainsi qu’à contribuer au renforcement des capacités de la profession en la matière. Plus que jamais, les enjeux d’aujourd’hui, comme le changement climatique, appellent au développement durable les ingénieurs de toutes disciplines confondues.

À suivre

Un prochain article intitulé Des exemples concrets d’innovations en ingénierie durable présentera quelques exemples de projets auxquels les experts du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) ont été récemment mis à contribution.

Nicolas Turgeon

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Nicolas Turgeon est adjoint à la direction Écoefficacité industrielle et environnement du CRIQ. Il possède plus d’une vingtaine d’années d’expérience à titre d’expert en recherche et développement dans de le domaine de l’environnement.

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