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Des gants pour traduire la langue des signes en texte - Par : Hanen Hattab,

Des gants pour traduire la langue des signes en texte


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Depuis 2012, plusieurs équipes de chercheurs ont créé des gants qui peuvent vocaliser et traduire en texte les langues des signes. Or toutes ces technologies n’ont pas réussi à passer à la production industrielle, certaines étant seulement parvenues à transcrire quelques mots et d’autres, comportant des dispositifs lourds et encombrants ou très coûteux. La technologie utilisée dans la conception des gants que nous allons présenter dans cet article a permis de résoudre le problème important auquel se sont butés les projets similaires précédents, à savoir les variations de mouvements de la main d’une personne à l’autre dans l’exécution du signe.

Des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego ont créé un gant qui permet de transcrire en temps réel la langue des signes américaine en texte et de commander une main virtuelle qui imite la gestuelle du langage des signes. Le prix de fabrication de ce gant est de moins de 100 $ US. Il a été réalisé avec des composants de l’électronique flexible qui ne coûtent pas chers et qu’on peut se procurer sur le marché.

En plus de transcrire la langue des signes, le gant a été notamment créé pour d’autres applications, à savoir comme accessoire d’expérience de réalité augmentée et pour effectuer des opérations médicales téléguidées. Il permettra en fait une immersion plus intuitive dans la réalité virtuelle et sera plus précis que les manettes et les souris dans les jeux vidéo. Il optimisera également le déroulement des séances d’entraînement virtuel en médecine puisqu’il permettra de bien simuler l’usage des deux mains.

Fabrication et fonctionnement du prototype

Pour fabriquer le prototype, l’équipe a utilisé des gants de sport en cuir sur lesquels ils ont fixé neuf capteurs extensibles à l’arrière, sur les phalanges et les métacarpes, deux sur chacun des doigts et un sur le pouce. Les capteurs sont constitués de fines bandes en polymère à base de silicium recouvert d’une couche fine de carbone conductrice. Ils sont fixés sur le gant avec un ruban en cuivre. Un fil en acier inoxydable relie chacun des capteurs à une carte de circuits imprimés, attachée à l’arrière du poignet.

La résistance électrique des capteurs change en fonction des mouvements de la main, quand celle-ci est fermée ou tendue. Les positions spatiales des neuf phalanges et métacarpes permettent de transcrire l’alphabet de la langue des signes américaine. Une phalange droite est codée « 0 » tandis qu’une phalange pliée est codée « 1 ». Le gant crée une clé binaire à neuf chiffres pour chacune des lettres. Par exemple, le code de la lettre « A » (le pouce droit et tous les autres doigts pliés) est « 011111111 », tandis que le code de « B » (le pouce plié et tous les autres doigts droits) est « 100000000 ». Les ingénieurs ont équipé le gant d’un accéléromètre et d’un capteur de pression pour distinguer les lettres comme « I » et « J », dont la position des doigts est la même et que seul un mouvement différencie.

La carte de circuits imprimés convertit la clé de neuf chiffres en une lettre et la transmet par Bluetooth à un téléphone intelligent ou à un ordinateur. Le gant peut ainsi transmettre les 26 lettres de l’alphabet de la langue des signes et les décoder en message textuel. Les chercheurs ont également utilisé le gant pour commander une main virtuelle capable d’effectuer les signes liés aux lettres. L’équipe est en train de développer la prochaine version de ce gant, qui sera dotée du sens du toucher. L’objectif est de fabriquer un gant capable de commander soit une main virtuelle, soit un robot, puis d’envoyer des sensations tactiles à la main de l’utilisateur.

Cette étude s’intitule « The Language of Glove: Wireless gesture decoder with low-power and stretchable hybrid electronics ». Elle a été publiée dans la revue PLOS le 12 juillet 2017. Elle a été rédigée par Timothy F. O’Connor, Mathew Fach, Rachel Miller, Samuel E. Root, Patrick P. Mercier et Darren J. Lipomi.

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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