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Étudier dans un camp de réfugiés grâce à la Beekee Box - Par : Hanen Hattab,

Étudier dans un camp de réfugiés grâce à la Beekee Box


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Camps de réfugiés en Turquie

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Internet est à la fois un canal et un outil stratégique de partage du savoir et de l’information. Les services de communication et les plates-formes d’échange sur la toile ont transformé radicalement les pratiques professionnelles et universitaires. Depuis l’explosion du web 2.0, il suffit d’un ordinateur et d’une connexion pour suivre un cours universitaire en ligne ou organiser une séance de travail en visioconférence. Ces formations et réunions offrent plus de flexibilité et sont plus économiques. Mais encore faut-il disposer d’un réseau de télécommunication et de l’électricité. Quand on se trouve dans une zone blanche, en l’occurrence un territoire non desservi par un réseau de téléphonie mobile ou par Internet, il est possible d’utiliser d’autres réseaux comme l’Internet par satellite ou par ondes radio. Or il existe des endroits dans le monde où même ces solutions ne sont pas accessibles pour des raisons économiques ou politiques.

Des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) ont pensé aux zones de conflits et aux camps de réfugiés, où le manque de moyens rend notamment plus difficile l’accès à l’éducation. L’équipe, formée par des chercheurs en technologie de formation et apprentissage (TECFA) de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) de l’UNIGE, a conçu un boîtier autonome qui permet de stocker et de partager du contenu pédagogique. La technologie s’appelle la Beekee Box et génère sa propre énergie électrique et son réseau sans-fil. Les formateurs peuvent ainsi transférer leurs cours et interagir avec les apprenants sans contraintes d’espace ni de temps.

Mode d’emploi de la Beekee Box

Les formateurs déposent leurs contenus sur la plate-forme placée dans le boîtier, dont les fonctions peuvent être adaptées aux besoins des usagers. Le groupe peut se connecter à  la Beekee Box avec un ordinateur, un téléphone intelligent ou une tablette et communiquer en temps réel grâce à Beekee Live. Cette fonction permet aux apprenants de participer à la formation en répondant à des questions, en postant du contenu multimédiatique ou en partageant des fichiers. C’est un moyen d’engager des discussions dans le cadre des cours ou autres. « Tout reste confidentiel et cloisonné à la Beekee Box, un atout indéniable dans la protection des données personnelles », a indiqué Stéphane Morand, ingénieur système à TECFA.

Vincent Widmer, Sergio Estupiñán, Julien Venni et Morand sont les membres de l’équipe ayant lancé le projet Beekee Box, qui présente un autre avantage pour les organisations humanitaires. En effet, ces dernières peuvent se charger de la fabrication du boîtier et de la  programmation de la plate-forme.

Caractéristiques techniques

La Beekee Box a une capacité de stockage allant jusqu’à 256 Go de données pour une autonomie d’environ 3 heures. Il peut aussi fonctionner plus de 10 heures avec une batterie externe, rechargeable à l’énergie solaire. L’appareil mesure 10 cm de haut et 6,5 cm de large. Sa coque hexagonale est imprimée en 3d  à partir de plastiques recyclables. Le boîtier est muni d’un micro-ordinateur et d’un module de batterie. Il fonctionne grâce à un logiciel développé par l’équipe « et se base également sur des technologies Open source, telles que la MoodleBox du Fribourgeois Nicolas Martignoni, qu’elle modifie pour l’adapter à ses besoins. »

Son réseau sans-fil a une portée maximale de 50 mètres, qui varie en fonction des conditions du site. Jusqu’à 25 utilisateurs peuvent s’y connecter en même temps.

L’équipe teste actuellement son boîtier au camp de réfugiés de Kakuma au Kenya, dans le cadre d’une collaboration avec le projet de l’UNIGE InZone. Cet organisme met au point des approches en matière de communication multilingue et d’enseignement supérieur dans les communautés touchées par les conflits et les crises. La salle de formation d’InZone ne comportant que 12 ordinateurs, la Beekee Box permet à un plus grand nombre de réfugiés de suivre des formations. Le camp compte environ 190 000 personnes dont la majorité possède un téléphone intelligent.

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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