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Éliminer les graffiti des monuments grâce au laser - Par : Hanen Hattab,

Éliminer les graffiti des monuments grâce au laser


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Graffiti sur un monument historique

Provient de Pixabay. Domaine public.

Le graffiti est devenu un phénomène urbain d’envergure à partir des années 1970 à New York. Les dessins envahissaient les murs et les parois des métros et des trains, si bien que les autorités ont instauré la première campagne anti-graffiti en 1984, qui incluait une grande opération de nettoyage. Aujourd’hui, cet art illégal n’a rien perdu de son pouvoir prolifique ni de son aspect vandale. Les signatures et les figures dessinées à la bombe qu’on rencontre dans les coins les plus insoupçonnés de la ville sont en plus très difficiles à retirer et coûtent de facto cher aux localités. Les opérations d’élimination des graffiti sont d’autant plus problématiques quand il s’agit de nettoyer des bâtiments qui ont une valeur patrimoniale.

C’est le cas de la ville de Florence, dont les monuments historiques sont quotidiennement marqués par des inscriptions laissées notamment par des touristes. Une équipe de bénévoles a utilisé une nouvelle technologie, créée par l’entreprise italienne El.En. Group, pour nettoyer les murs de monuments comme le Ponte Vecchio sans les abîmer.  La firme El.En. Group développe des technologies laser pour plusieurs domaines, dont la santé, l’industrie, et la conservation architecturale et artistique.  L’appareil qu’elle a conçu pour l’équipe de restaurateurs florentins s’appelle le Laser Blaster.  Il est sous forme de pistolet muni du EOS Combo, un système laser à fibre optique, développé en collaboration avec le Conseil national de la recherche italien.

Une technologie adaptable

Daniela Valentini, qui dirige l’équipe de restaurateurs du patrimoine culturel, a expliqué dans une interview donnée à l’AFP que le laser fait « évaporer » le graffiti, sans endommager la pierre. Il existe plusieurs autres techniques pour effectuer cette tâche, telles que le procédé de sablage au jet, le lavage à pression, le sablage au bicarbonate de soude, ou encore le nettoyage au dioxyde de carbone solidifié (glace sèche). Or toutes ces méthodes ne conviennent pas aux murs des bâtiments historiques puisqu’elles risquent d’endommager la surface. Le Laser Blaster retire seulement quelques microns de matière à chaque impulsion. Les spécialistes de restauration peuvent ainsi éliminer plusieurs types de salissures comme la rouille, les croûtes grasses, les tâches ternies, etc. sans abîmer la surface de l’artéfact.

Mme Valentini a précisé aussi que le temps d’exposition aux faisceaux pour éliminer parfaitement les traces dépend de la couleur du graffiti et de la texture de la surface à nettoyer. Comme le montre cette vidéo, la technologie sert à redonner un coup d’éclat à d’autres types de matériaux et reliefs plus compliqués à restaurer comme le bronze et le bois sculpté. Puisque les rayons de lasers permettent de viser précisément de petites zones, les restaurateurs peuvent l’utiliser aussi pour nettoyer les fresques.

Le laser est offert avec trois puissances différentes, soit 20 W, 50 W et 100 W. La forme du faisceau peut être personnalisée par l’utilisateur. Il est possible, par exemple, de commander la courbe de Lissajous, sachant que la taille maximale est de 8 cm.

L’appareil qui sert à éliminer les graffiti a été spécialement créé à cet effet et permet d’effectuer le travail plus rapidement que les autres appareils de restauration proposés par l’entreprise. Sachant que ces derniers utilisent la même technologie laser. Toutefois, les opérations de nettoyage des inscriptions sont plus lentes et requièrent beaucoup de précision. Le nettoyage d’une surface de mur de 10 cm2 dure 20 minutes.

L’appareil coûte 70 000 euros. À titre indicatif, à Montréal en 2014, « le nettoyage des graffiti sur les murs des arrondissements et des organismes de transport a coûté au moins 4,4 millions de dollars aux contribuables » [1].

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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