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Des territoires et des avatars du design antipollution de l’air - Par : Hanen Hattab,

Des territoires et des avatars du design antipollution de l’air


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Les architectes et les designers s’investissent de plus en plus dans la lutte contre la pollution de l’air. Les solutions créées à cet effet sont symbiotiques et autonomes. Les objets qui sont présentés ont en commun l’immanence et la contextualité du mode d’agissement. Comment les nanotechnologies antipollution de l’air ouvrent-elles de nouvelles perspectives à la création architecturale ? Et comment cette dernière réinvente-t-elle la cartographie urbaine des espaces propres?

 La tour Smog Tower

Les stratégies de réduction des émissions polluantes (causées principalement par les transports terrestres et les industries) nécessitent des outils de planification et de gestion territoriale. La tour Smog Tower, dessinée par l’architecte hollandais Daan Roosegaarde, offre une solution immédiate aux villes très polluées telles que New Delhi et Pékin. Rappelons d’abord que le terme smog est un néologisme anglais, formé par smoke (fumée) et fog (brume), qui désigne un brouillard composé de fumée, d’ozone et de particules atmosphériques polluantes. Le smog est symptomatique d’une situation de pollution alarmante.

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La tour Smog Tower

La tour du studio Roosegaarde crée autour d’elle une zone d’air pur à 75 %. L’architecte a utilisé le système du filtre de nettoyage, appelé « Suppression de la matière particulaire », inventé par le spécialiste des nanoparticules de l’Université de Technologie de Delft, Bob Ursem. Mesurant 7 mètres de hauteur sur 3,5 mètres de largeur, la tour de forme hexagonale déploie ses facettes afin d’aspirer l’air environnant et de souffler l’air propre. Le dispositif électromagnétique, installé sous terre, attire les particules fines lourdes. Les particules légères sont évacuées à 15 km au-dessus de la tour. Le système, capable de purifier 30 000 m³ d’air par heure, consomme très peu d’énergie électrique (1 400 watts). En créant une bulle d’air propre, la Smog Tower se présente comme un nouveau type de micro-intervention urbaine alliant la fonction d’espace de rencontre à la dépollution.

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Les aspirateurs de smog

Pour résoudre le problème du coût du filtre, qui selon Ursem varie de 1 600 € à plus de 118 000 € (de 1 700 $US à 130 000 $US), Roosegaarde a trouvé une idée d’entreprenariat éco-responsable. En effet, la poussière récoltée dans le filtre a servi à fabriquer des bagues vendues pendant une campagne de financement participatif. La tour et ces joyaux, fabriqués dans une matière recyclée inattendue, ont commencé leur tour des grandes métropoles du monde. La première Smog Tower a été inaugurée le 29 septembre 2016 dans la friche industrielle 751D Park, reconvertie en complexe culturel, à Pékin.

Les tuiles prosolve370e

Il est difficile de deviner que le mur-rideau de la façade de l’hôpital Manuel Gea Gonzalez à Tlalpan au Mexique est un filtre d’air. De près, le design organique captive par les détails sculpturaux qui participent à la composition tramée et arborescente de l’ensemble. En effet, chaque tuile qui compose la grille, joue un rôle à la fois esthétique et structurel et contribue au système dépolluant de l’ensemble.

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La façade de l’hôpital Manuel Gea Gonzalez à Tlalpan au Mexique

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Les tuiles prosolve370e

Il s’agit des tuiles prosolve370e créées par le cabinet de design allemand elegant embellishments. Ces modules en plastique ABS sont enduits d’une couche très fine de peinture autonettoyante à base de dioxyde de titane (TiO2). Associé à la lumière naturelle ou artificielle et à l’humidité de l’air, le TiO2 participe à la désintégration des particules polluantes comme les oxydes c’azote (NOx) et les composantes organiques volatiles (COV). Le TiO2 forme une couche hydrophobe, c’est-à-dire qui condense les gouttelettes d’eau sur la surface; ces dernières retiennent la poussière en se formant. Ensuite, la lumière se charge de neutraliser les particules enchâssées. C’est le principe de l’effet lotus.

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L’effet lotus

Inspirée par la faculté autonettoyante de la surface du lotus (caractérisée par sa rugosité nanométrique), plusieurs entreprises comme Lotusan fabriquent depuis 1999 des revêtements super-hydrophobes multi-usages.

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Fonctionnement du mur-rideau antipollution

Même si ces revêtements sont fréquemment utilisés par les industries de la construction, l’ingéniosité du design des tuiles prosolve370e réside dans la combinaison entre le matériel qui le constitue (TiO2) et sa forme intelligente. La configuration tridimensionnelle des tuiles permet de maximiser la captation de la lumière et de facto l’activement continu du processus de destruction des particules. De plus, les formes des deux modules de tuiles permettent de composer des surfaces fractales semi-régulières qui s’adaptent aux jeux de reliefs des façades. Le système peut être aussi utilisé à l’intérieur étant donné la légèreté des tuiles et la simplicité du montage. Prosolve 370e empêche la poussière de s’accumuler sur les parois urbaines et architecturales et l’air néfaste de pénétrer dans les habitats; il diminue la pollution principalement au niveau des espaces de circulation piétonne, étant donné leur proximité des bâtiments.

Auteure

hanen-hattabHanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

 

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Photo d’en-tête : Crédit photo Studio Roosegaarde

La tour Smog Tower : Crédit photo Lard Buurman avec l’aimable autorisation du Studio Roosegaarde

Les aspirateurs de smog : Crédit photo Derrick Wang avec l’aimable autorisation du Studio Roosegaarde

La façade de l’hôpital Manuel Gea Gonzalez à Tlalpan au Mexique : Crédit photo elegant embellishments and alejandro cartagenaLes tuiles prosolve370e : Crédit photo elegant embellishments and alejandro cartagena

L’effet lotus : Crédit photo Atomic world

Le fonctionnement du mur-rideau antipollution : Crédit photo elegant embellishments and alejandro cartagena

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Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

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