ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE
ET INNOVATION DE L'ÉTS
BackDoor : des ultrasons qui empêchent l’écoute électronique - Par : Hanen Hattab,

BackDoor : des ultrasons qui empêchent l’écoute électronique


Hanen Hattab
Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Pour se protéger de l’espionnage électronique, on doit éviter plusieurs pièges, entre autres, l’installation à notre insu d’un logiciel malveillant ou de micros-espions qui se vendent pour une poignée de dollars sur Internet. Des chercheurs de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign proposent une technologie nommée BackDoor qui permet de désamorcer ces différents mécanismes invisibles et qui peut être utilisée dans le domaine de l’Internet des objets.

Tout comme l’oreille humaine, le microphone, d’enregistrement musical ou d’un téléphone intelligent, n’est capable de reconnaître que des fréquences comprises entre 20 Hz et 20 000 Hz.

Des chercheurs du Coordinated Science Laboratory de l’Université de l’Illinois ont réussi à composer un son inaudible (40 kHz ou plus) pouvant être capté par les microphones. Il s’agit d’un ultrason qui, en entrant dans le microphone, se transforme en signal enregistrable, c’est-à-dire reconnaissable par les appareils d’enregistrement de sons. Une fois converti, le son reste inaudible à l’oreille humaine et possède des propriétés numériques et sonores inédites.

L’étude coécrite par cette équipe, qui rassemble le doctorant en génie électrique et informatique Nirupam Roy et les professeurs Romit Roy Choudhury et Haitham Hassanieh, s’intitule « BackDoor: Making Microphones Hear Inaudible Sounds ». Elle a gagné le prix Best Paper Award dans la conférence MobiSys 2017 qui a eu lieu au Niagara Falls, aux États-Unis, du 19 au 23 juin 2017.

Applications de la technologie ultrasonique « BackDoor »

Pendant une conversation téléphonique, la diffusion de ce son inaudible dans une pièce empêche les microphones-espions d’enregistrer les voix. Ainsi, selon l’équipe cette technologie peut être utilisée afin de protéger contre l’espionnage électronique les rencontres privées et confidentielles des militaires ou des gouvernements et d’éviter les enregistrements non autorisés de films et de spectacles.

Le signal permet également aux appareils connectés et aux autres avatars de l’Internet des objets, comme Amazon Echo ou Google Home, de communiquer entre eux, ce qui réduirait la charge croissante sur la connexion Bluetooth. Il pourrait aussi protéger les utilisateurs contre les enregistrements non autorisés lorsqu’ils communiquent avec des systèmes activés par la voix.

La fréquence du son conçu par les chercheurs est transmise par des haut-parleurs à ultrasons. Elle est inaudible et peut être captée et enregistrée par les microphones offerts sur le marché.

Les chercheurs sont conscients que cette technologie pourrait être utilisée à des fins néfastes. Ils espèrent qu’en prédisant les usages dangereux, ils pourront élaborer des mesures pour les éviter.

D’un ultrason à un bruit blanc inaudible

Commençons par comprendre comment fonctionne un microphone. Les vibrations provoquées par la voix parviennent au diaphragme, un composant du microphone qui convertit ces oscillations en signaux électriques variables (un signal audio) et les achemine vers les dispositifs d’amplification et d’enregistrement. Le système d’enregistrement comporte un convertisseur analogique-numérique qui reçoit les signaux amplifiés. Ce composant mesure la variation de tension électrique transmise (à une fréquence d’échantillonnage fixe) et stocke les sons sous forme de données numériques dans la mémoire.

Dans un microphone basique, les diaphragmes et les amplificateurs acoustiques maintiennent leur linéarité, c’est-à-dire leur capacité à retranscrire le même signal à la sortie, lorsqu’ils transmettent des sons audibles. En cas de réception d’ultrasons, ces deux composants présentent des comportements non linéaires.

Les chercheurs ont créé un ultrason qui peut être capté par le diaphragme et l’amplificateur, et ce, pour provoquer le comportement non linéaire avant la conversion numérique du son. La fréquence inaudible captée par le microphone qui reçoit cet ultrason a été nommée par les chercheurs « ombre ». Le convertisseur ignore comment ce signal a été généré et l’enregistre comme n’importe quel autre signal sonore. En tant que donnée numérique, l’ombre est un son qui ne comporte pas de tonalités audibles tout en occupant un espace sonore susceptible d’empêcher la perception des sons émis au même moment. Cette ombre acoustique diffusée dans une pièce crée une interférence et opère comme un bruit blanc diffusé à basse fréquence qui empêche les sons émis d’être captés tout en étant inaudible.

Hanen Hattab

Profil de l'auteur(e)

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels.

Profil de l'auteur(e)


commentaires

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *