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Rendre accessible l’Internet dans les pays en voie de développement - Par : Substance,

Rendre accessible l’Internet dans les pays en voie de développement


Résumé

Actuellement dans le monde, environ 3,7 milliards de personnes n’ont pas accès à l’Internet. Le professeur François Gagnon et son équipe de chercheurs cherchent à rendre accessible Internet dans les pays en voie de développement en réhabilitant les infrastructures de téléphonie mobile existantes. Son projet de réhabilitation d’infrastructures fait partie du projet SmartLand, un projet de gestion intégrée du territoire en Équateur lancé par l’Universidad Técnica Particular de Loja pour utiliser les ressources naturelles d’une façon innovante. Le professeur Gagnon est titulaire de la chaire Richard J. Marceau sur les stratégies numériques sans fil pour les pays en développement.

Mots clés : Internet, accès, infrastructure, SmatLand, réhabilitation, Amazonie

Introduction

Selon le site Internet World Stats, 49,8 % de la population mondiale n’avait toujours pas accès à l’Internet en date du 30 juin 2016 [1], soit environ 3,7 milliards de personnes [2]. Être privé d’accès Internet aujourd’hui empêche de participer à la société moderne.

Il n’y a pas eu beaucoup de développements pour permettre l’accès à l’Internet en milieu rural parce que le monde s’urbanise : c’est dans les villes qu’il y a de plus en plus de gens. En 2015, 54 % de la population mondiale vivait en région urbaine ; en 2025, ce sera 58,2 % [3]. Une antenne de communication dans une ville peut rejoindre des milliers de personnes compte tenu de la densité de la population, ce qui n’est pas le cas en région. Les aspects économiques n’ont pas incité les investisseurs à mettre en place les infrastructures requises en milieu rural et les tendances actuelles rendent difficile le financement de projets de développement.

Dans les années 1980 – 1990, plusieurs pays dont le Canada, par l’entremise de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), ont financé des projets de développement internationaux pour rendre accessible la téléphonie dans des pays en voie de développement. En 2017, ces infrastructures sont en fin de vie.

Des antennes de communication sur la montagne Pichincha tout près de la ville de Quito en Équateur

En 2016, maître Louis Lagassé, Président et co-fondateur de l’entreprise Media5 est venu rencontrer à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal, le professeur François Gagnon, spécialiste des télécommunications sans-fil, titulaire de la Chaire CRSNG-Ultra Electronique SCT en communication sans fil d’urgence et tactique de haute performance et directeur de COMunité. Monsieur Lagassé a acheté des actifs en télécommunication en fin de vie, soit des systèmes de communication sans fil mis en place dans plusieurs pays en voie de développement à travers le monde. Il cherchait à valoriser ces infrastructures qui donnent essentiellement accès au téléphone par communication sans fil. Ils ont discuté de la possibilité de réhabiliter les infrastructures existantes pour rendre accessible l’Internet en région rurale, dans les pays en voie de développement. Cette solution serait plus économique à mettre en place que l’utilisation de la fibre optique, d’un réseau sans-fil ou de communication par satellite.

 

Ce projet d’accès à l’Internet est complémentaire aux projets One web | One world (une constellation de satellites à basse orbite) et au projet Loon (des ballons à basse orbite) parce qu’il est à plus petite échelle.

Solution proposée

Dans les pays en voie de développement comme l’Équateur, le système de communication complet est composé d’environ 40 sous-systèmes sans fil radio. Les systèmes actuellement déployés en Amazonie et ailleurs font des bonds d’une soixante kilomètres entre les postes. Un poste neuf coûte des millions de dollars à installer, alors que remettre à jour les composantes électroniques de ce type de poste représente une somme beaucoup plus modique : quelques dizaines de milliers de dollars. La solution proposée est donc de conserver la même infrastructure, idéalement les mêmes antennes, et tout simplement changer les équipements électroniques pour la téléphonie en y ajoutant des équipements pouvant soutenir les communications IP. C’est un peu comme changer les cartes électroniques à l’intérieur d’un ordinateur pour le rendre plus puissant si les autres composantes comme le boîtier, l’écran et le clavier font encore l’affaire. Cette mise à niveau des infrastructures doit permettre de sécuriser les systèmes de communication et réduire leur latence.

À la limite, il est même possible de développer un réseau sans fil pour donner accès à Internet à un village complet au moyen d’un réseau wi-fi. Le professeur Gagnon pense atteindre des vitesses de 10 à 20 mégaoctets par seconde, sans changer les antennes et des vitesses de 100 mégaoctets, en changeant les antennes. L’objectif du projet de recherche est toutefois de conserver l’architecture extérieure.

Cette approche a plu à Louis Lagassé qui a accepté de financer la chaire de recherche Richard J. Marceau sur les stratégies numériques sans fil pour les pays en développement.

Voyage en Amazonie

Le professeur Gagnon a déjà commencé à trouver des solutions technologiques pour faire des mises à niveau des systèmes de téléphonie en ajoutant l’accès à l’Internet.

Il a eu sous sa direction des étudiants équatoriens qui l’ont invité à venir les visiter. Il a fait un voyage en Amazonie du 5 janvier au 17 janvier 2017 pour voir les infrastructures en place dans cette région. Il s’est rendu dans les villes de Loja, Quito et Guayaquil en Équateur pour rencontrer les représentants universitaires, discuter de ce projet d’accès à l’Internet et faire du recrutement d’étudiants universitaires.

Signature de l’entente de partenariat avec le recteur de l’UTPL, monsieur Barbosa Corbacho Jose.

Participation citoyenne

Le professeur Gagnon croit vraiment à l’importance de faire participer les citoyens aux projets de recherche, démarche appelée « Living lab ». Comprendre leurs besoins fait partie du projet. Il compte aussi chercher à formaliser la participation citoyenne des peuples amérindiens comme les peuples Shuars.

La fibre optique se déploie le long des autoroutes en Équateur. Le professeur Gagnon va aussi visiter la ville de Paquisha qui se situe à 2 ou 3 heures de route de l’autoroute. Puisque la population éloignée des axes autoroutiers n’a pas accès à l’Internet, il sera intéressant pour lui de découvrir ce qu’ils savent et comprennent de l’Internet.

Une école dans la ville de Bolaspamba.

Projet SmartLand

Le président de l’Équateur, Rafael Correa – un économiste – connaît bien le milieu universitaire : il a demandé aux professeurs universitaires de l’Équateur d’acquérir des doctorats et de faire de la recherche. Deux professeurs de l’Universidad Técnica Particular de Loja (UTPL) sont d’ailleurs sous la direction du professeur Gagnon. Un des premiers projets de recherche et développement mis en place est le projet fédérateur SmartLand. C’est un projet de gestion intégrée du territoire pour faire de la recherche et de l’avancement dans la province Zamora Chichipe où est située l’université UTPL.

Les chercheurs équatoriens recueilleront des données biologiques, environnementales et culturels pour faire un meilleure usage des ressources naturelles.. Ces projets de recherche pourront bénéficier d’une infrastructure de communication qui permettrait, par exemple, d’utiliser des capteurs et des caméras reliés à l’infrastructure pour répertorier les plantes et les animaux, et mesurer la turbidité des rivières, la qualité de l’eau, etc.

Station météo smartland de l’UTPL

Le projet de la chaire de recherche (qui a débuté le 1er novembre 2016) va durer 5 ans. Lorsque le professeur Gagnon a fait sa première conférence à l’Université UTPL en 2016, le Vice-Recteur de l’université l’a invité à se joindre au projet SmartLand et de venir faire des living labs sur place. Le professeur Gagnon a fait une demande de subvention pour un projet de développement en Équateur par la suite, qu’il a obtenu pour réaliser des bancs d’essai de technologies en régions éloignées.

Conclusion

D’ici deux à trois ans, des technologies devraient avoir été développées et des analyses de rentabilité (des études de cas) étoffées pour permettre de faire des projections pour de nombreux autres pays partageant le même type d’infrastructures. Donner l’accès à l’Internet à la population de l’Amazonie sera un agent de changement important que le professeur Gagnon et son équipe de chercheurs auront créé et pourront voir évoluer.