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Pourquoi penser comme un lecteur - Par : Prasun Lala, Félix Langevin-Harnois,

Pourquoi penser comme un lecteur


« L’article est un peu long et peut-être difficile à comprendre. Je ne m’étonnerai donc pas si vous le trouvez impubliable. » Albert Einstein (traduction libre)

Les idées sont-elles éloquentes?

La citation ci-haut (DiChristina, 2015) est tirée d’une lettre écrite par Albert Einstein pour accompagner un article qu’il soumettait à la revue Scientific American, « On the Generalized Theory of Gravitation », lequel a bel et bien été publié (Einstein, 1950). Einstein se demandait si ses idées iraient de soi pour les lecteurs et si lui-même, à titre d’auteur, avait mal encadré les lecteurs à travers la présentation de nouveaux concepts. Contrairement à Einstein, plusieurs auteurs supposent que leurs idées vont de soi.

Dans notre domaine, les chercheurs, tant à titre d’ingénieurs que de scientifiques, cherchent à découvrir de nouvelles idées et à les communiquer. Ces nouvelles idées sont précieuses pour les autres chercheurs et pour la société dans son ensemble puisqu’elles enrichissent le corpus de connaissances scientifiques. Mais pourquoi pensons-nous que nos idées sont évidentes et faciles à comprendre? La communication scientifique implique le transfert d’idées complexes et nous devons rester conscients de notre public, comme l’était Einstein.

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Connaître ses lecteurs éventuels

Un auteur qui souhaite expliquer clairement des concepts doit savoir dès le départ pour qui il écrit.

« Savoir pour qui ils écrivent rendra les étudiants plus conscients du public et leur permettra de présenter une opinion plus claire et fortement individualisée. » (Kaplan et Ramanathan, 1996, traduction libre)

Brown (1994-1995) propose un ensemble de huit questions, ou exercices à suivre afin de vérifier que l’on a traité les points importants lors de la rédaction de travaux scientifiques. La première question a pour objectif d’identifier les lecteurs visés par l’article, et demande à l’auteur de nommer de trois à cinq personnes. Il est plus facile de trouver une manière de présenter ses idées en pensant tout d’abord à quelques personnes à qui les expliquer. Il est également plus simple de choisir les détails à inclure lorsqu’on connaît l’éventail de connaissances que ces personnes possèdent sur le sujet. Murray note que « [L]a beauté de cette question, c’est qu’elle vous fait mettre l’accent… sur un public réel. Dès que vous trouvez deux ou trois noms, vous vous apercevez (a) que votre public est moins homogène que vous ne le croyiez et (b) de ce qu’ils considèrent comme étant “bénéfique” » (2009, p. 128, traduction libre). De plus, il est essentiel de consulter la littérature pertinente afin de bien comprendre les lecteurs et ce qu’ils connaissent sur notre sujet (surtout en consultant les revues ou conférences dans lesquelles on veut publier).

Penser comme le lecteur

« Certains auteurs n’écrivent que pour leur propre ego; en conséquence, ils ont du mal à se faire publier. Les véritables auteurs savent qu’il faut écrire au profit d’autres personnes. » (Brown, 1994-1995, traduction libre)

Écrire au profit des autres exige d’être conscient des lecteurs. Penser comme un lecteur permet de faire passer son message et d’expliquer plus clairement le « bénéfice » que présentent ses idées au lecteur. Brown indique qu’un auteur qui se concentre sur les lecteurs « s’est libéré pour parler directement à ses lecteurs au lieu de passer ses mots au tamis de l’enflure universitaire. L’enthousiasme et la simplicité ont saisi son écriture et son texte en est devenu agréable à lire » (1994-1995, traduction libre).

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Penser comme un lecteur pour être publié

En prenant le temps de penser aux lecteurs au moment d’écrire un article, l’auteur exposera ses idées avec plus de clarté. Si l’article est soumis à une conférence ou à une revue, cela facilitera le travail du réviseur et aidera ce dernier à décider si l’article mérite d’être publié. Comme mentionné dans un article précédent sur l’importance de la clarté dans la rédaction de travaux scientifiques (Lala et Langevin-Harnois, 2016), les « bêtes noires » des éditeurs scientifiques décrivant une écriture imprécise incluent l’écriture « confuse », le fait de devoir « lire dans les pensées » des auteurs, ainsi que l’absence d’un fil conducteur clair (Ragins, 2012). Le fait de rédiger clairement rend également la pertinence de son article (et le bénéfice pour le lecteur) plus évidente. Le fait de penser comme les lecteurs au moment d’écrire facilite la vie de ces derniers, et ce sont à eux que l’auteur veut communiquer sa contribution à la science.

Dans un article ultérieur, nous verrons des conseils pour penser comme un lecteur et écrire avec clarté.