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La recette de MIT pour rentabiliser son portfolio de propriétés intellectuelles - Par : Lotfi Chouanine,

La recette de MIT pour rentabiliser son portfolio de propriétés intellectuelles


, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), est venu donner une conférence à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal le jeudi 8 juin 2017 pour expliquer comment le MIT gère la propriété intellectuelle et l’entrepreneuriat. Il est conseiller en transfert technologique au MIT, responsable du secteur énergétique et de partenariats internationaux clés. Natif de Montréal, il était heureux d’accepter l’offre de conférence que lui a faite Lotfi Chouanine, un conseiller à la recherche de l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.

De cette conférence, nous vous proposons une série de quatre articles pour bien comprendre :

  1. comment le MIT encourage les étudiants et les professeurs à démarrer des entreprises;
  2. quelle est son approche concernant les brevets et la gestion de la propriété intellectuelle;
  3. Comment rentabilise-t-il son portfolio de propriétés intellectuelles (PI);
  4. comment le MIT arrive à créer des liens d’affaires entre les grandes entreprises et les entreprises en démarrage.

Le premier article de cette série décrit comment le MIT encourage les étudiants et les professeurs à démarrer des entreprises en prenant l’exemple de l’entreprise LiquiGlide, Inc. qui a été créée en 2017. Le deuxième article présente le processus de gestion de la propriété intellectuelle à MIT en utilisant le cycle de transfert technologique. Ce troisième article explique comment le MIT a réussi a rentabiliser son portfolio PI.

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Le portfolio PI de MIT

Premier constat qui peut paraître surprenant : le MIT fait maintenant plus de recherche en sciences de la vie qu’en sciences physiques! Habituellement, la grande partie des recherches en sciences de la vie se font dans des universités qui ont des écoles de médecine. Le MIT n’a pas d’école de médecine, mais il a la chance d’avoir une demi-douzaine de grands hôpitaux universitaires dans la région de Boston. Les relations de partenariat établies avec ces hôpitaux ont permis d’accroître le nombre de recherches dans le domaine des sciences de la vie au MIT comme le montre la figure ci-dessous. La recherche dans le domaine du génie logiciel et celle en matériel informatique représente que 10 % chacune du portfolio PI.

Les chercheurs déposent environ 800 déclarations d’invention par année. Le budget de recherche est d’environ 1 milliard USD, dont 750 millions pour le campus principal. Chaque recherche menant à une déclaration d’invention nécessite environ 1 million de fonds de recherche. Ce ratio a augmenté de façon constante au cours des dix dernières années.

De façon générale, le tiers des déclarations d’invention des inventions sont brevetés. Les deux autres tiers ne peuvent pas faire l’objet d’une demande de brevet ou n’ont pas été acceptés.

Environ 50 % des brevets du portfolio PI du MIT font l’objet de licences de transfert technologique, ce qui signifie que 50 % des brevets ne réussissent pas à faire l’objet d’un transfert technologique. La recherche scientifique produit environ 100 licences par année au MIT. Le tiers de ces licences vont aux entreprises en démarrage.

Donc en résumé, des 800 dépôts de déclaration d’invention faits annuellement, 400 à 500 font l’objet de demandes de brevet; environ 200 demandes de brevet sont accordées et, de ce nombre, le bureau de transfert technologique de MIT accorde 100 licences de transfert technologique dont un tiers va à des entreprises en démarrage de MIT.

Transfert technologique non rentable

Ce que le MIT et plusieurs autres universités ont compris, c’est qu’il ne faut pas compter sur les transferts de technologie comme source génératrice de revenus. Ils génèrent de grandes retombées pour les universités, mais, à part quelques exceptions, le transfert de technologie n’est généralement pas rentable [1]. Selon le Brooking Institure Report, « en 2012, 84 % des universités effectuant des transferts de technologie ont perdu des revenus; au cours des 20 dernières années, c’est une moyenne de 87 % des universités qui ont connu des pertes » [2, p.9].

De plus, les revenus provenant des transferts technologiques sont largement répartis : les inventeurs reçoivent habituellement le tiers des revenus, le laboratoire ou le département, un deuxième tiers, et le dernier tiers est pour l’université [2, p.9].

Est-ce que le transfert technologique en vaut vraiment la peine pour une université?

 La valeur ajoutée des transferts technologiques au MIT

La démarche de commercialisation des licences de transfert technologique auprès des entreprises a un double rôle pour le MIT :

  1. Faire acquérir des licences de brevet aux entreprises;
  2. Inciter les entreprises à investir (et réinvestir) dans la recherche, augmentant ainsi le budget de recherche de MIT pour créer des inventions qui vont générer plus de propriétés intellectuelles.

C’est de cette façon que le MIT réussit à rentabiliser les transferts technologiques.

Prochain article

Les grandes entreprises ne savent pas vraiment comment établir des relations d’affaires avec les entreprises en démarrage.  Certaines grandes entreprises investissent dans ces jeunes entreprises et les achètent lorsqu’elles réussissent à se démarquer; d’autres les ignorent, ne sachant pas ce qu’elles peuvent leur apporter. Le MIT a trouvé comment créer des liens d’affaires entre les grandes entreprises et les entreprises en démarrage, à un tel point que certaines grandes entreprises ont décidé de déménager leur siège social pour se rapprocher de ces entreprises qui démarrent en affaires…